You don’t know what you’re talkin’ about.
C’est tout au bluff.
On lance un ou deux mots techniques, pour essayer de montrer qu’on sait de quoi on parle, et on fait de belles phrases pour essayer de cacher les jugements un peu plus crus que les mots avec lesquels ils seront livrés – voila, en gros, on prend des pincettes.
Mais la vérité c’est que c’est très théorique tout ça – ou peut-être que ça ne l’est pas du tout – et finalement, on se retrouve vite à parler dans le vide.
On fait des espèces de raccourcis en parlant, ça fait cool, on se comprend à peine du coup mais comme on veut pas paraître moins cool que son interlocuteur, on prend les dix secondes nécessaires à comprendre de quoi ça s’agit. C’est sans parler des expressions, mix de trucs qui existent et d’autres qu’on a inventé pour paraître toujours plus cool. Ah les guignols…
L’été à Paris c’est comme l’hiver au pôle Nord, no one is online, ou bien un pauvre ours polaire perdu dans la jungle de Lost dont on préfère se cacher plutôt que de devoir se faire tenir la jambe pendant vingt minutes – je passe la porte avec mes lunettes de soleil le matin, juste pour mettre tout le monde d’accord – c’est pas la peine de venir essayer de me parler, je serais pas aimable.
Heureusement, quelques heures et trente-trois centilitres de coca zéro plus tard, ça s’arrange un peu – je me surprends même à esquisser un sourire au dernier feu rouge avant de déposer mon vélib. Ils nous ont menti, quand on était petits, c’est pas les carottes qui rendent aimables mais de ne plus prendre le métro. Ca oui, ça rend aimable. A la rentrée, je prendrais plus le métro, c’est promis.
Alors voila. Soit aimable. Et tais toi. Et mange ton Mi-Cho-Ko.

Ote moi d’un doute
Je relis tout.
Tous les commentaires MySpace, lorsqu’on s’écrivait en blanc sur blanc juste pour ressentir la pointe d’excitation, merde on l’a écrit, c’est dit presque à voix haute, suffirait de surligner le texte et n’importe qui pourrait voir, c’était comme une bouffée d’adrénaline, tout ce que nos seize ans et demi ne pouvaient pas dire était propulsé sur le réseau social de l’époque – oui parce que MySpace, c’est tout une époque.
Je doute, on me fait douter, c’est un peu comme l’inception, on implante de drôles d’idées dans ma tête alors je relis, comme ma constante, pour me prouver que je ne suis pas complètement folle.
Je relis toute la correspondance, tous les mots, les miens, les siens, juste pour essayer de comprendre, est-ce que c’était si horrible que ça, est-ce que c’était si freaky que ça? Je relis tout et je m’attendris toute seule devant ces mots entre enfants, grands enfants mais enfants quand même, je relis et je trouve ça mignon, et je me demande vraiment ce qui a bien pu se passer entre là et maintenant. Je sais ce qui s’est passé : la vie, on a grandi, c’est plus pareil, les gens autour ne sont plus pareil, et on est plus pareil, les souvenirs ça rend tout freaky, on sélectionne ce dont on se rappelle et on préfère prendre tout le pire, pas le temps du reste.
Pourtant c’était simple, sans prétention, réécris, des hauts des bas, c’est la vie, – mais comment on fait pour écrire une chanson?
C’est plein de mots jolis, plein d’il faudra qu’on se parle, en vrai, ça sera mieux.
Je m’en fiche de ce que les autres pensent, c’était joli, tout, même les mots de trop, même l’expression maladroite, c’était juste joli. Comment on peut vouloir pourrir quelque chose de joli?
C’est qu’on doit pas vivre les choses pareil, tant qu’on s’en parle pas on les vit pas pareil, je me dis toujours qu’un jour j’aurais l’occasion de reparler des choses, avec mon ancien-meilleur-ami, avec ma prof de français de 4e et avec elle.
Au fond je relis pas pour tout remettre à l’endroit autour de moi, je relis pour remettre à l’endroit dans ma tête, parce qu’on m’en a envoyé tellement d’idées, sur ce qui est bien, sur ce qui est faux, que je ne sais plus très bien, pourquoi j’ai encore l’impression de marcher sous l’eau?

You got talent
Aujourd’hui le talent s’achète en barre : c’est plus vraiment la peine de bosser, on a de l’or dans les mains, et le pire c’est que c’est tout le monde, oui oui, toi aussi là bas en bleu.
Je le lis partout ses temps-ci, on se dit par ici qu’on a grave du talent, on se congratule par là d’avoir écrit une nouvelle qui déchire – euh, tu veux dire qu’en option musique au collège t’avais eu 19 pour ton interprétation à la flûte de Tournez les serviettes et que t’as transposé toute l’émotion que t’y avais mis dans ta vidéo youtube où ton meilleur ami de primaire t’a laissé vingt com’s?
A croire que tout le monde nait comme Tistou, avec les pouces verts (à quoi ça sert à quoi ça sert, à changer l’univers), on est tous gâtés par la nature et qu’ils y a juste des gens à qui on donne l’opportunité et d’autres non, ou alors des grosses feignasses vs des gens qui bossent.
Aujourd’hui c’est pire qu’hier et je savais en me levant que j’en prendrais pour la journée, alors à la place je préfère regarder le magnifique nouveau clip des Local Natives, peut-être que ça aidera à faire passer la journée et à laisser demain arriver plus vite qu’au rythme de chaque nouvelle apnée.

Rien de ce qui arrive effectivement n’a la moindre espèce d’importance
C’est comme un rêve.
J’ai passé les derniers jours à apprécier l’impression de vide, comme un cadeau du ciel, aujourd’hui tu as le droit de ne pas y penser et même de faire répéter parce que tu n’as pas écouté ou décroché rapidement, capacité de concentration relative à l’état de fatigue ou de vide – tant que ça ne nuit sur rien, je me demande où est le mal.
Je pourrais redessiner les poutres de mémoire, peintes en blanc, avec leurs imperfections, leurs nervures : c’est le drame de notre génération, lorsqu’on doit se souvenir des moments important on ne peut visualiser que cet environnement où nous étions seuls, la technologie ne nous forçant pas à une confrontation avec le réel, seulement à travers le clavier ou le téléphone.
Quand je repenserais à ce moment je verrais toujours les poutres, le radiateur, le vélo à l’envers – surement la couette qui empêche la porte de la penderie de se refermer correctement et la porte à demi ouverte sur le mur, blanc lui aussi.
Je me souviendrais des ombres, plus grandes quand on s’éloigne de la lumière, mais régulières, allant de pair avec les poutres.
Je reverrais le radio réveil faire défiler les minutes d’abord puis les heures, j’aurais aussi souvenir de l’album de Nada Surf et de leur reprise d’Enjoy The Silence, ô combien ironique alors qu’il s’agissait de parler jusqu’à en avoir la gorge sèche, je me souviendrais aussi aller chercher de l’eau dans le frigo, pour continuer tant bien que mal la litanie aux allures tristes de pas pour cette fois.
J’ai peur de me souvenir de tous ces détails, de toutes ces images, comme des flashs, et d’oublier tout ce que nous avons bien pu nous dire.

Oh-Oh Home
Let me come home
J’ai passé ma journée à manger des saloperies – c’était pourtant bien parti, crêpes industrielles et thé orange-cannelle – alors que j’aurais pu m’en tenir à mon éternelle salade de parisienne qui vient désormais au bureau en vélib – ok, c’était aujourd’hui la première fois, mais je compte bien réitérer l’expérience, au moins jusqu’à mi-août.
C’était MacDo, menu maxi, et même Sundae, quand l’heure du goûter a sonné – c’est dire à quel point c’était la débauche aujourd’hui – it must be friday.
Quand je rentre diner à Montreuil je dis toujours que je vais diner chez mes parents, j’arrive pas à dire autrement, au début c’était pour faire comme tout le monde, tu vis où? Chez tes parents? Je hochais de la tête et je répondais oui, chez mes parents, voila.
La vérité c’est que cette maison ça sera toujours celle de mes parents, y’a trop des deux partout, dans toutes les pièces, dans le bureau surtout, il faudrait changer ce bureau, j’ai toujours l’impression que c’est son bureau, j’essaie d’investir les endroits comme je peux, mais c’est pas vraiment ma maison, c’est celle de mes parents – je me sens chez moi avec des gens, je me sens chez moi quand je me sens bien, ou quand je suis seule, à Montreuil – I’ll find my way home when I’ll know where home is, where ‘you’ are, where I’ll be.
Talking is overated
Juste pour se remettre les idées en place – juste parce qu’on en dit toujours trop, et qu’il va falloir s’arrêter maintenant.
Juste pour que si tu passes par là tu puisses comprendre ce qui est différent, ce qui ne nous lie pas nous, alors que ça nous lie, l’autre nous. Qu’il y a des nous qui gênent et qui nous emmènent, et tant pis pour ceux qui n’ont pas le temps. Parole de freaks : I’m a freak of nature.
Je vais bien dormir cette nuit, c’est surement la fatigue, mais ça ira forcément mieux – c’est tellement triste, mais c’est tellement ça ; c’est tellement rare, ça me rend triste de gâcher ça. J’espère vraiment qu’un jour on en rira. For now, I’ll just let things go.

you’ll be gone, I’ll be happier
Je sais plus où j’avais lu ça mais je me raccroche à l’idée que ça doit peut-être être vrai.
Je suis coincée dans un espace temps qui n’existe pas, dans cette nouvelle maison que je connais si bien pourtant, et je flotte, là, je sais plus trop si je suis ici ou ailleurs, surement entre les deux, ce qui est sur c’est que je suis au bord du précipice, j’ai mon parachute dans le dos, je sais qu’il est bien accroché et que je risque rien mais j’ai encore peur de sauter – j’ai peur de sortir du lit, d’aller m’habiller et de repartir dans ma vie, comme si de rien n’était.
C’est pourtant ce qu’il faut faire, c’est pourtant ce que je vais être obligée de faire, dans 1 minute et 30 secondes exactement. Parce qu’aussi grande soit l’impression que je pourrais toujours vivre dans cette bulle, ne jamais en sortir, ne jamais quitter cet appartement – aussi fort est le sentiment que ça sera insurmontable, je sais que j’ai fait pire que ça – je sais que rien n’est insupportable à ce point là.
J’aimerais être dans cinq ans, me retourner et rire de ce qui vient de se passer.

Enjoy the silence
Je repousse la porte un peu plus fort, pour qu’elle claque – il est minuit passé, j’avais pourtant dit, encore, que je rentrerais pas tard.
Le taxi est un gros monsieur avec des sièges en cuir, il loupe la rue qui remonte vers République et en voyant mon air un peu contrarié me dit qu’il faudra lui signaler si c’est plus cher que d’habitude, parce qu’il fait un petit détour. Certes.
Les gens me parlent différemment depuis que je porte des talons et un sac de dame – les taxis ne me discutent plus le bout de gras tel un automatisme « tiens la petite jeune qu’est ce qu’elle a à nous dire », les petits vendeurs de chez Dailymonop me sourient un peu plus fort et on m’appelle madame à la boulangerie – tout un monde.
Je me demande où va tout ce mal-être une fois expié, exorcisé, couché sur du papier – si tout coule dans le même sens, si la gravité fait bien son boulot – est-ce que quelqu’un a déjà glissé sur des larmes?
Je trouve l’image assez jolie – mais je ne pleure pas assez pour ça, d’autres le font pour moi, ont les yeux qui brillent alors qu’ils me parlent, ceux qui ont mon âge, ceux qui sont normaux, ceux qui n’ont pas besoin des autres comme on a besoin des autres dans cet élan désespéré qui nous fait dire tout le contraire de ce qu’on avait pu raconter quand on avait la tête froide et les idées bien placées.
Je reviens systématiquement sur ce post et je me demande si j’ai quelque chose contre les gens normaux, moi.
En fait je crois juste que je ne comprends pas la logique de vouloir se contenter de moins, alors qu’on a trouvé une façon d’être bien – et que soit dit en passant, c’est plutôt rare. Je me dis qu’on a tellement de chance de se rendre compte de ça, et de l’accepter tel qu’il est, sans vouloir s’en priver. En s’en privant, on recrée un manque insupportable créé de toutes pièces par l’absence forcée et volontaire.
Mais je divague surement, peut-être que c’est juste moi, c’est toujours comme ça, les gens me manqueront toujours plus que je ne leur manquerais, j’attends trop, je ne parle pas assez, mais comment dire, quand on ne sait plus très bien où on en est?
Pleine lune, insomnies et été à Paris – voila ce qui est à blâmer, rien de ce qui a été dit n’était vrai, je n’en pense pas un mot (tout, son contraire + les deux réunis s’il le faut).

Sourde
Again and again and again and again..
Appellera? Appellera pas? Décommandera? Ne décommandera pas? Laisser décommander ou décommander soi-même? Se laisser une option, sous le coude, au cas où?
C’est trop pour moi – pfiou, disparue, je suis partie.

Recette Express
Depuis que j’ai (un peu) de temps, j’essaie de me mettre devant Logic, mon micro et mes guitares au moins deux fois par semaine – y’en a qui font du sport, moi j’essaie de faire de la musique, qu’est ce que vous voulez ma pauv’ dame..
Ma recette express pour une chanson réussie :
- un peu de ruminage de quelques jours sur un sujet bien choisi
- une guitare et quelques accords, ou un riff, ou une mélodie et le reste vient tout seul
- une idée de départ et/ou un concert la veille
- du temps devant soi
Cela nous donne…
Une chanson en anglais, encore, mais bon y’en a en français aussi, alors c’est pas trop grave.
Une chanson directement inspirée par le concert vu la veille (oops).
Qui dit chanson en anglais dit explicit lyrics, alors encore une chanson qu’il faudra assumer un minimum – ça deviendrait presque compliqué, pourtant c’est juste une chanson.
C’est vrai ça, au fond, c’est juste une chanson.

pic by CP