C’est tout au bluff.
On lance un ou deux mots techniques, pour essayer de montrer qu’on sait de quoi on parle, et on fait de belles phrases pour essayer de cacher les jugements un peu plus crus que les mots avec lesquels ils seront livrés – voila, en gros, on prend des pincettes.
Mais la vérité c’est que c’est très théorique tout ça – ou peut-être que ça ne l’est pas du tout – et finalement, on se retrouve vite à parler dans le vide.
On fait des espèces de raccourcis en parlant, ça fait cool, on se comprend à peine du coup mais comme on veut pas paraître moins cool que son interlocuteur, on prend les dix secondes nécessaires à comprendre de quoi ça s’agit. C’est sans parler des expressions, mix de trucs qui existent et d’autres qu’on a inventé pour paraître toujours plus cool. Ah les guignols…
L’été à Paris c’est comme l’hiver au pôle Nord, no one is online, ou bien un pauvre ours polaire perdu dans la jungle de Lost dont on préfère se cacher plutôt que de devoir se faire tenir la jambe pendant vingt minutes – je passe la porte avec mes lunettes de soleil le matin, juste pour mettre tout le monde d’accord – c’est pas la peine de venir essayer de me parler, je serais pas aimable.
Heureusement, quelques heures et trente-trois centilitres de coca zéro plus tard, ça s’arrange un peu – je me surprends même à esquisser un sourire au dernier feu rouge avant de déposer mon vélib. Ils nous ont menti, quand on était petits, c’est pas les carottes qui rendent aimables mais de ne plus prendre le métro. Ca oui, ça rend aimable. A la rentrée, je prendrais plus le métro, c’est promis.
Alors voila. Soit aimable. Et tais toi. Et mange ton Mi-Cho-Ko.
