Je relis tout.
Tous les commentaires MySpace, lorsqu’on s’écrivait en blanc sur blanc juste pour ressentir la pointe d’excitation, merde on l’a écrit, c’est dit presque à voix haute, suffirait de surligner le texte et n’importe qui pourrait voir, c’était comme une bouffée d’adrénaline, tout ce que nos seize ans et demi ne pouvaient pas dire était propulsé sur le réseau social de l’époque – oui parce que MySpace, c’est tout une époque.
Je doute, on me fait douter, c’est un peu comme l’inception, on implante de drôles d’idées dans ma tête alors je relis, comme ma constante, pour me prouver que je ne suis pas complètement folle.
Je relis toute la correspondance, tous les mots, les miens, les siens, juste pour essayer de comprendre, est-ce que c’était si horrible que ça, est-ce que c’était si freaky que ça? Je relis tout et je m’attendris toute seule devant ces mots entre enfants, grands enfants mais enfants quand même, je relis et je trouve ça mignon, et je me demande vraiment ce qui a bien pu se passer entre là et maintenant. Je sais ce qui s’est passé : la vie, on a grandi, c’est plus pareil, les gens autour ne sont plus pareil, et on est plus pareil, les souvenirs ça rend tout freaky, on sélectionne ce dont on se rappelle et on préfère prendre tout le pire, pas le temps du reste.
Pourtant c’était simple, sans prétention, réécris, des hauts des bas, c’est la vie, – mais comment on fait pour écrire une chanson?
C’est plein de mots jolis, plein d’il faudra qu’on se parle, en vrai, ça sera mieux.
Je m’en fiche de ce que les autres pensent, c’était joli, tout, même les mots de trop, même l’expression maladroite, c’était juste joli. Comment on peut vouloir pourrir quelque chose de joli?
C’est qu’on doit pas vivre les choses pareil, tant qu’on s’en parle pas on les vit pas pareil, je me dis toujours qu’un jour j’aurais l’occasion de reparler des choses, avec mon ancien-meilleur-ami, avec ma prof de français de 4e et avec elle.
Au fond je relis pas pour tout remettre à l’endroit autour de moi, je relis pour remettre à l’endroit dans ma tête, parce qu’on m’en a envoyé tellement d’idées, sur ce qui est bien, sur ce qui est faux, que je ne sais plus très bien, pourquoi j’ai encore l’impression de marcher sous l’eau?
