Je repousse la porte un peu plus fort, pour qu’elle claque – il est minuit passé, j’avais pourtant dit, encore, que je rentrerais pas tard.

Le taxi est un gros monsieur avec des sièges en cuir, il loupe la rue qui remonte vers République et en voyant mon air un peu contrarié me dit qu’il faudra lui signaler si c’est plus cher que d’habitude, parce qu’il fait un petit détour. Certes.

Les gens me parlent différemment depuis que je porte des talons et un sac de dame – les taxis ne me discutent plus le bout de gras tel un automatisme « tiens la petite jeune qu’est ce qu’elle a à nous dire », les petits vendeurs de chez Dailymonop me sourient un peu plus fort et on m’appelle madame à la boulangerie – tout un monde.

Je me demande où va tout ce mal-être une fois expié, exorcisé, couché sur du papier – si tout coule dans le même sens, si la gravité fait bien son boulot – est-ce que quelqu’un a déjà glissé sur des larmes?
Je trouve l’image assez jolie – mais je ne pleure pas assez pour ça, d’autres le font pour moi, ont les yeux qui brillent alors qu’ils me parlent, ceux qui ont mon âge, ceux qui sont normaux, ceux qui n’ont pas besoin des autres comme on a besoin des autres dans cet élan désespéré qui nous fait dire tout le contraire de ce qu’on avait pu raconter quand on avait la tête froide et les idées bien placées.

Je reviens systématiquement sur ce post et je me demande si j’ai quelque chose contre les gens normaux, moi.
En fait je crois juste que je ne comprends pas la logique de vouloir se contenter de moins, alors qu’on a trouvé une façon d’être bien – et que soit dit en passant, c’est plutôt rare. Je me dis qu’on a tellement de chance de se rendre compte de ça, et de l’accepter tel qu’il est, sans vouloir s’en priver. En s’en privant, on recrée un manque insupportable créé de toutes pièces par l’absence forcée et volontaire.

Mais je divague surement, peut-être que c’est juste moi, c’est toujours comme ça, les gens me manqueront toujours plus que je ne leur manquerais, j’attends trop, je ne parle pas assez, mais comment dire, quand on ne sait plus très bien où on en est?

Pleine lune, insomnies et été à Paris – voila ce qui est à blâmer, rien de ce qui a été dit n’était vrai, je n’en pense pas un mot (tout, son contraire + les deux réunis s’il le faut).

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