Plus les kilomètres nous séparent et plus la sensation se fait forte – est-ce que Paris sera tel que je l’ai laissé à mon retour?
Tout est déjà hors de portée – je sais plus très bien s’il faisait beau, si j’avais vraiment trop chaud, dans le métro, comment ça faisait déjà, le soleil, sur ma peau?
C’est comme si on m’avait forcé à me mettre à distance – qu’est ce qui avait tant d’importance?
Tout parait tellement illusoire – et autant dire que je ne peux parler de rien ici, on me regarderait avec trop d’incompréhension, vraiment, vous vous prenez la tête là dessus?
Comment leur dire que oui, à Paris, on se demande comment on va se démerder pour changer de chaussures entre Vincennes et Châtelet, et comment on fait si à 2h du mat un samedi y’a toujours pas de taxi?
C’est comme si, à mon retour, il fallait tout reconstruire – plus rien n’est acquis, tout s’est perdu, plus de points fidélité sur votre compte maintenant il va falloir payer quelques mois en plus pour pouvoir regagner vos points confiance.
J’ai l’impression d’être partie depuis des mois – si je pars ici plus de deux jours ça me fait toujours ça – je sais même plus quel jour on est, c’est pas un cheveux blanc ça?
Et si je n’y retournais jamais? Et si je ne retrouvais jamais l’autre vie que j’ai là-bas?
Celle où j’ai un travail, des amis, un peu moins de famille proche for sure, mais toute mon autre famille recomposé que j’ai choisi, des papas/grands frères, des grands pères et une fratrie. Celle où je fais des karaokés en japonais en éteignant mon portable, où je vais voir dix mille fois les même groupes, où j’ai assez régulièrement des paillettes dans yeux – quand on m’emmène sur le set de GG ou quand je suis à dix mètres de Charlotte Gainsbourg.
Qu’est ce que j’en ferais de Paris, quand tout sera parti? Est-ce que toutes les fondations posées vont survivre à l’été où partir avec l’orage? Est-ce qu’on reviendra complètement les même? Est-ce que ces deux mois durant lesquels rien n’est plus vraiment pareil auront le pouvoir qu’on leur donne, celui de tout changer, en dépit du résultat des autres années (it always ended the same)?

Comme toujours plus j’écris plus je mens – je suis pas si loin, et Paris franchement, pas de quoi en fait tout un foin.