On se parle pas trop, en général.
Je veux dire, à part les une ou deux exceptions, on se parle pas.
On dit pas trop ce qu’on pense, et surtout pas où on se tient, c’est trop dangereux, la vérité, c’est trop exacerbé.
Ce matin dans le métro y’avait un nouvel aveugle – il était trop désorganisé et paumé pour avoir fait ça toute sa vie, même s’il devait avoir au moins cinquante balais – et personne osait trop. Il demandait de l’aide, de temps en temps, il a eu un mal fou à trouver la porte du métro, accompagné d’une employée de la RATP pas vraiment ralliée à sa cause.
On dit rien parce que si on dit alors, ça sera vrai. Tant qu’on dit rien à personne on existe pas trop – je le fais tous les jours, en cours.
J’en pense, des choses, comme à quel point c’est ridicule ce fond d’écran de portable d’un mec avec sa copine – non mais tu vois pas que ça fait beauf? Si je le dis, alors j’existerais quelque part : j’aurais été la conne qui se serait permis de juger. Alors je me tais, même si il les accumule, ce même beauf, depuis le début de l’année.
J’ai décidé qu’ici, dire les choses c’était pas important.
Ailleurs pourtant c’est pas vraiment un choix – alors j’écris des chansons. Et on verra.
