Je pousse la porte et me voila dehors – il pleut un peu, il est presque tard – métro ou taxi?

Je décide de marcher sur le trottoir de droite même si je préfère celui de gauche, il pleut un peu plus et je me cache sous ma capuche – des gouttes de pluies viennent s’écraser sur mes lèvres.
J’aimerai courir mais je ne suis déjà plus en état – il est presque tard – mais j’arrive dans la station et mon coeur bat à toute vitesse, comme si j’avais couru, comme après l’effort, comme quand j’y suis allé un peu fort. Heureusement j’ai toujours ma capuche et toutes mes couches de pull, ils n’y verront que du feu.

Première surprise, pas de train avant 8 minutes, oui huit – h-u-i-t, je me le répète dans ma tête, comme pour être sur que j’ai bien compris – faut-il vraiment que je reste sur ce quai huit minutes?
Mais il y a déjà deux personnes devant moi, ils vont attendre aussi, ils n’ont pas l’air méchant, alors je m’assois à côté de l’un deux et je sors Orlando, de Virginia Woolf. Orlando est déjà une femme. Il reste pourtant 6 minutes. J’essaie de me focaliser sur l’histoire, alors que quelques minutes plus tôt, sous la pluie, je me disais que j’aurai bien écrit là, dans le métro – j’ai jamais de quoi écrire quand il faut, pourtant j’en entasse des carnets, des moleskines, des notebook.
Alors je commence à écrire dans ma tête, ça me calme, c’est plus simple que de laisser des bouts de mots embrouiller le cours de mes pensées.
J’écris dans le vide et j’ai l’impression de courir, ou de tomber au fond d’un puits, y’a plus rien pour m’arrêter et tombe, tombe, tombe.. ça c’est surement à cause des affiches d’Alice un peu partout dans mon Paris.

J’ai tellement peur de rater une miette de ces journées, de ces événements, je sais à quel point c’est important, éphémère et fragile – je les vis dans l’angoisse de les quitter, comme si une fois les rideaux tirés, je ne savais plus très bien ce qu’il allait advenir du reste. J’ai l’impression d’enfoncer mes ongles dans la chair pour en extraire tout ce que je peux garder, comme une réponse à mon sujet – métro ou taxi? Prendre le risque ou s’assurer de payer?

C’est toujours un peu ça, quand ils partent, et qu’ils reviennent – je ne sais jamais trop sur quel démon compter.

La jeune fille à ma droite a toussé – plus que deux minutes – j’ai essayé de ne pas la regarder de travers, Orlando arrivait en Angleterre, de nouveau, et mon métro était à quai.
Je suis montée, Orlando a mis pied à terre, j’ai foncé, tête baissée, et tout est retombé – et après?


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