Pas de fumée sans Freud
*Philippe Grimbert
Je suis tellement avide de tous ces instants que je vole, plutôt mourir que d’en laisser un filer entre mes doigts. Alors contre vents et marrées je m’escrime à n’en laisser partir aucun. Je lutte fort pour cette cause qui m’est inconnue – mais qu’est ce que je fais là au fond? – mais quelque part en moi quelque chose me dit que c’est le bon choix – tu l’as voulu, dit la voix.
Et quoi donc au fond? Ta place, ton rang, tes dépendances et tes notes de frais fictives? (cela dit les factures sont toujours réelles) quand il s’agit de passer à la caisse, c’est toujours la même histoire, y’en a pas bien lourd dans la balance de la samaritaine. Soit exigeant. Attend.
Jpeux plus attendre. J’ai plus le temps. J’ai presque plus vingt ans. Le plus bel âge, « je te raconterai », il y a six ans, quand je chantais mollement dans un email des plus caustiques « à vingt aaans, on est invinciiiible ». Elle ne m’a pas raconté, et je n’en aurais pas beaucoup plus à dire. A part que je n’ai jamais l’impression d’avoir le temps. (Ni la force tranquille)
On n’a jamais le temps. Tout à l’heure, quand la voiture a failli me percuter, rien ne s’est vraiment arrêté autour de moi, je ne voyais que le bus, la voiture mal garée, j’avais hâte d’arriver – j’ai foncé, tête baissée, et mon instinct de survie a fait le reste.
Je suis prise entre mes contradictions – partir ou rester? – entre là où je devrais être et là où j’aimerai être (c’est rarement le même endroit).
Idon’tknowIdon’tknowIdon’tknowanymore.