I’ll sleep when I’m dead
Je fais un pas. Je m’arrête. La règle est simple, il ne faut pas regarder derrière. Je tiens bon. Je fais un autre pas. Personne n’a entendu, dans mon dos, cette voix appeler mon nom? Je m’arrête de nouveau, et je brise l’interdit.
C’est d’abord une expression de surprise qui parcoure les traits de mon visage : derrière moi, il y a plusieurs abysses, chacun représentant les barrières franchies et impossible à retraverser.
Obnubilé par ces gisements sans fond, j’en manquerais presque les petites iles qui se tiennent entre eux : une pancarte et une jeune fille m’observe de chacune d’entre elles. C’est drôle, y’a comme un air de famille, et puis elles ont toutes marqué une année différente sur leur panneau..
Celle de 2003 a plutôt l’air bien, vu les circonstances, si on laisse de côté le maquillage forcé et mal appliqué (je n’aurais jamais la classe de Morticia).
Celle de 2004 est clairement à côté de ses pompes, c’est aussi valable pour celle de 2005, même si on a un peu mieux évolué niveau couleur, jusque dans les cheveux (qui aurait pu voir à quel point c’était ridicule cette foutue coupe?).
Celle de 2006 a l’air presque sortie d’affaire, et on dirait qu’elle fait signe à quelqu’un, sur une autre rive.
Celle de 2007 est un peu trop sérieuse, on voit qu’on en finit presque avec le teen age, et elle ne fait plus signe à personne.
Celle de 2008 se demande encore comment elle en est arrivé là, après cette année bizarre et un peu chaotique, loin des promesses de la vie des college girls.
Celle de 2009 est dans un drôle d’état : elle se demande toujours comment elle en est arrivé là, et elle a un pouvoir un peu différent de toutes les autres – elle, elle a le privilège de pouvoir les voir, toutes. De faire des mesures, de regarder comment se sont fait les choses, sans trop savoir pourquoi.
Je repars. Un autre pas. Et puis je m’arrête.
*As Secret As Possible