Hey you, no you don’t have to go

J’ai pris le métro avec ceux-qui-se-lèvent-tôt, j’avais oublié ce que c’était, pourtant le lycée n’est pas si loin, le stress de l’arrêt prolongé avant Nation, merde est-ce que je vais louper mon train?

Malgré le peu d’heures de sommeil et mes yeux un peu endoloris, malgré l’improbable dont était enveloppé toute cette situation absurde, c’est elle qui m’est apparu en premier, et à vrai dire je l’aurai reconnue entre mille. Quel était le pourcentage de chance pour que cette fille-là se retrouve à cet endroit là, pour que nos chemins se recroisent précisément ici?
C’est toujours comme ça avec les gens qu’on crève d’envie de revoir, c’est jamais la bonne place, le bon moment, ou alors on se rend compte des monstres d’indifférences qui se dressent face à nous.

Ce qui m’impressionne toujours, c’est à quel point mes yeux ont changé – parce qu’elle, elle n’a pas bougé. Les même fringues un peu baltringue – on appelait ça baba cool à l’époque -, elle a enfin quitté le pancho (il était temps), le pantalon un peu court et toujours la même paire de kickers, les cheveux dans un henné légèrement défraichi… tout ce qui me fascinait à douze ans – c’est fou ce qu’on peut être bouché quand même.
Pour la partie plus flatteuse, ses traits n’ont pas bougé d’un pouce, le même sourire, c’est comme si six ans étaient passés en six secondes, et je me revoyais dans la cour du collège à l’observer de loin, elle et le groupe des grands.
C’est dingue comme il y a des gens qui déclenchent des choses inattendues à l’intérieur, comme si il y avait un interrupteur quelque part : dans la minute qui a suivit notre premier et unique échange verbal (qui consistait surtout à un monologue de ma part, même s’il fut très court), j’ai eu l’impression de retourner à l’année où j’ai eu treize ans – et en un mot comme en cent, c’était juste très désagréable.

Avec du recul, je crois que je choisissais vraiment mal mes fréquentations à l’époque – que j’adorais par dessus tout les égocentriques à l’indifférence si blessante, sûrement pour ce défaut qui m’apparaissait être leur principale qualité.

C’est con, j’aurais bien aimé savoir ce qu’elle devient, à part se retrouver là, à l’endroit même où je l’attendais le moins.


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