Remains - Maurissa Tancharoen & Jed Whedon

La force arbitraire des choses me force à regarder plus haut et plus loin, vers la ligne d’horizon. Le soleil ne se lève pas encore.

C’était ce matin, elle dormait, pas vraiment le sommeil du juste, et puis le reste a fini par dire stop – comme s’il était temps.

C’est plein de couleurs dans ma tête. Il y a d’abord la route, jusque là haut, dans le village, faire bien attention au grand virage où les voitures ne vous verraient pas, alors passer par le petit chemin du stade, pour rejoindre cette grande rue en côte qui nous a fait suer tant de fois.
On s’arrêtait devant le portail, on sonnait pas toujours, enfin ça dépendait du chien surtout, je me souviens même de son nom, Farouk, un beau collet qui nous faisait la fête dès qu’il reconnaissait les odeurs familières.
Après ça, on poussait le fer forgé repeint en noir, et on passait par le petit pont au dessus d’un petit bassin à poissons, où bien des fois j’ai mis le pied, poussé par mon cousin ou par simple inadvertance – je me souviens qu’elle riait en m’appelant Camillou, avec la gouaille qui les rend si attachant là bas.
Le salon est une grande pièce à vivre, fondu avec la cuisine, et on y goûtait souvent.
Pour halloween, c’était le passage obligé, on était complètement déguisés, et on y passait, elle nous donnait des sucreries mais aussi des gâteaux, parce qu’elle en faisait souvent et qu’elle adorait ça.
On racontait beaucoup d’âneries et ça la faisait rire, la petite parisienne avec autant de goule. Après on passait chez les grands-parents et on faisait goûter un peu de petit vin production locale à la petite, saoule en trois gorgées.

Pourtant je ne peux plus me souvenir de la dernière fois que nous nous sommes vues.

Il y a quelques semaines, j’avais une grande discussion sur les croyances, sur la vie, avec quelqu’un d’inattendu, et je me souviens bien de ses paroles : qu’il doit y avoir un ordre dans tout ça, qu’on se programme à être heureux, qu’on induit ce qu’il advient de nous.
Ce soir, et comme souvent, j’ai du mal à y trouver des résonances – j’ai du mal à y trouver du sens.

Edit – night thoughts

« - Et puis c’est pire, quand c’est la mère. »
Devant cette affirmation débile j’ai tout d’abord voulu m’opposer catégoriquement, oubliant presque qui était au bout du fil. Et puis j’ai réfléchis quelques secondes avant de me dire qu’en fait, elle avait raison : oui, c’est pire.
J’avais prédit qu’il y aurait d’autres fleurs, évidemment je ne parlais alors pas de celles là mais comme toujours le mec là-haut si tenté qu’il existe nous joue toujours les même tours, et les prochaines fleurs que je déposerai seront pour ce pire là, en haut de cette même route qu’on gravissait étant enfants, et qu’il faudra reprendre, le froid de l’hiver nous tenant chaud et quelques fleurs des champs écrasées sous la pression des gants.

Where are the beautiful things of the world?


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