Release me

Il y a des jours où je me transforme en un moulin à parole – un peu comme avant, comme quand j’étais encore la gamine expansive et explosive à souhait qui menait la cour de récré à la baguette. Bon forcément, quand on paie quelqu’un pour écouter, ça change tout.. un peu comme les patients d’In Treatment, et je passerais sur le problème non exploré mais trop souvent vécu de ces foutues séries qu’on commence et dont on ne peut plus se détacher avant de les avoir fini (et les américains inventèrent les junkies), sauf que je pleure un peu moins. Raconter en condensé les événements d’une soirée, de quelques mois, d’hier ou d’il y a dix ans c’est les mettre en perspective. Déjà se dire que merde, on avait tout ça à dire. Puis ensuite, on est forcé de prendre du recul. Et enfin avoir un regard étonné, voire bienveillant, de notre interlocuteur : ah oui? Quand ça? Oh mais c’est arrivé juste là!
Là où j’ai un avantage considérable, c’est que je les ai déjà ressassées toutes ces histoires, je les connais du bout des doigts, je pourrais redire les même paroles, presque retranscrire les conversations – j’ai tout écrit, tout couché sur le papier, je ne pouvais pas prendre le risque d’oublier, alors là non jamais.

Au moment où on se dit qu’on maîtrise grave on fait un vieux nervous breakdown, le corps rappelle à l’ordre, alors que l’esprit avait l’air de bien s’en sortir – parfois je me dis que c’est quand même pas mal fait, et d’autres fois non, quelle connerie cette capacité de se rendre malade physiquement pour rien d’autre qu’un peu de banal stress.

J’avais dit que je me couchais tôt, c’est un truc ça aussi c’est impossible en fait. Tous les jours on se dit « c’est pour aujourd’hui », mais y’a toujours autre chose à faire. Fuck it. C’est pas comme si je pouvais faire la grasse mat’ demain matin.

Parfois je me fatigue moi-même au milieu de ce monceau d’insécurités, de doutes, ça me rappelle Mademoiselle K qui disait : T’es comme ces tortues qu’on pêche dans les eaux troubles, tu nages lentement tu souris gaiement mais tu vas dans des coins faut vraiment être félé pour aller aussi loin loin..
Le pire c’est que j’ai beau me raisonner, j’y arrive pas, c’est toujours là – ils vont partir, c’est sûr, et le pire, c’est que je crois que je survivrai.


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