Song of now : Amazing (Kanye West), by The Rodeo
Au XXIe siècle, on n’en est à compter les familles nucléaires sans erreurs de parcours sur le doigt de la main. Amusez vous à faire le tour de vos amis, vous en aurez autant voir moins que les doigts d’une seule main. J’exagère un peu mais bon, on est quand même pas loin.
Les familles recomposées sont la nouvelle norme. Et grand bien nous fasse. Y’a des tantes de l’âge des enfants, des soeurs de vingt ans de plus et des grands parents qui ont le même âge que les dites soeurs – un beau bordel quand il s’agit de parler généalogie, ou tout simplement expliquer ce que j’ai bien pu faire à Auvers en un week end de début d’été, comment et pourquoi, qui est qui et où sont les histoires de sang dans tout ça.
J’ai découvert assez tôt que le sang ne voulait pas dire grand chose – qu’on se choisissait plus une famille au cours du temps plutôt qu’on en avait réellement une. Et qu’il était parfois beaucoup plus simple d’être proche des gens choisis que de ceux que la nature nous a imposé. Rien de spectaculaire jusque là, j’entends bien.
Et au milieu de toutes ces bizarreries, il y en a une qui détone : les familles « normales » que l’ont se recomposent, un peu partout. Sans en avoir des dizaines, dans différents cadres et à différents moments j’en ai toujours une qui fini par pointer le bout de son nez, que ce soit sur le ton de plaisanterie ou le temps de diner, dans la cuisine, la baie vitrée grande ouverte et les cuisses de poulet à peine cuites.
Parfois ça materne, d’autres fois non, mais une constante se dessine : je suis toujours la benjamine, l’enfant ou la cadette, surement à cause de mon âge, beaucoup par habitude. Vingt ans que je suis la petite dernière, celle qui aura eu l’enfance qu’il fallait (cette théorie sera d’ailleurs testée prochainement) et celle qui finalement réussi à s’en sortir sans demander de l’aide – ce qui est beaucoup plus pratique.
Ces instants de normalité altérée, de drôles de symbiose, comme les quelques secondes hors du temps qui m’arrachent de temps en temps un air d’étonnement face à cette contemplation me rappèlent à quel point j’aime être rassurée et m’offrent quelques rares moments de répit – avant le retour de tout ce que je suis sensée comprendre par moi-même sans jamais en saisir l’essence.
Je crois d’ailleurs que c’est ça qui m’a toujours beaucoup intéressé dans la psychologie, la tendance des gens à reproduire, inlassablement, ce que leur ont transmis leur parents (puisque c’est sur les vrais qu’on rejette toujours la faute, c’est pas flippant de se dire que les trois quarts des névroses de nos enfants seront à coup sur de notre fait?), sans forcément leur avoir dit, juste avec leur corps, leur façon de réagir, leurs expressions, les mouvements, la tête qu’ils faisaient en se retrouvant le soir et celle qu’ils ont fait une fois l’autre parti.
C’est surement pour ça que j’ai du mal à avoir confiance en ces nouveaux parents, un peu partout, à cause des vrais, à cause du vrai, s’il est parti, ils le feront tous?
Il parait que tout le monde n’est pas lui – qu’ils ne vont pas tous partir. Je me méfie – ils se pourraient qu’ils le fassent, derrière mon dos. I’m afraid I’ll always be the insecure teenage girl I once was.