Heavily Broken (oui j’ai honte)
Je suis sortie de la salle de cinéma tellement le film était mauvais, et ça faisait très longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Une conne et son mari commentaient toutes les blagues pourries les unes après les autres, après nous avoir fait patienter comme il le faut à la caisse, puisque madame faisait un chèque (d’ailleurs qu’est-ce qu’on peut bien écrire sur un chèque pendant cinq minutes ? Soit y’en a des nouveaux où tu peux ajouter un petit mot pour ton banquier, du style « vous inquiétez pas, j’attends un virement dans quelques jours », soit faut vraiment qu’elle change de signature).
J’ai gagné à la loterie aujourd’hui aussi, un prix qui m’était déjà revenu par le passé, qu’on souhaite jamais ravoir, un peu encombrant le truc, mais bon, quand on gagne, qu’est ce qu’on peut dire ? Alors j’ai pris mon ticket, et je suis allé bien sagement chercher ce qui me revenait vite après être sortie. And the winner is…
Le doute s’est immiscé sournoisement, je ne savais déjà pas trop avant, je ne sais plus du tout, mais je sais toujours précisément ce que je veux. En moins cryptique, j’ai toujours suivi les normes, je m’y suis pliée, ça faisait plaisir aux adultes, et je continue toujours. Le bac, la licence, le master. Le stage, si je m’en sors pas trop mal un de ces jours un poste quelque part, et si j’ai encore plus de chance dans les même conditions qu’en ce moment – c’est à dire arriver et partir avec la banane (ok c’est pas aussi rose tous les jours, mais quand même), parce que c’est quand même mortel de bosser là. Oui… mais après ? Je me demande si le choix du risque n’est pas celui qu’il faudrait faire – le risque organisé, forcément, puisque je serais incapable de lâcher priser à ce point, mais prendre un risque quand même. Se jeter dans le vide une fois, voir ce que ça fait. Sauf qu’on m’a prévenu : si je saute et que par malheur je me relève pas, ça sera de ma faute, parce qu’il faut faire gaffe, bordeline bla bla bla. Et après on te donne ton prix. Et tu retournes au bureau parce que tu sais qu’au fond, c’est ça, le bout des doigts encore douloureux après avoir furieusement plaqué deux accords sur ta guitare. On rechantera demain, on n’enchantera surement personne.
Au lieu de tergiverser je devrais m’en remettre à mon nouveau subterfuge – qu’au moins ça serve à quelque chose ces conneries.
