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The way you stare

I would rather be anywhere else.

On se dit qu’il n’y a qu’ailleurs que c’est possible – qu’il n’y a qu’ailleurs qu’on peut se réinventer, avoir une autre vie, être quelqu’un d’autre. D’où les rêves de partir loin, à l’autre bout du monde si possible, histoire d’être sûr que si ça se fait, on ne sera pas dans le train le lendemain pour revenir penaud dans la chambre chez ses parents.
On se dit qu’ailleurs tout sera tellement plus simple, on choisira qui on sera, ce que les autres verront et ce qu’on construira – c’est presque idyllique, cette vie où on choisit tout.

En m’arrêtant place des Vosges, je me suis assise sur un banc, et un groupe d’enfants, je n’ai pas réussi à savoir s’ils étaient français ou non (les jeunes de nos jours parlent trop vite ou alors je suis complètement dépassée par leur vocabulaire), a investit le parc à quelques mètres de mois. Ils étaient partout, ils jouaient, et moi j’étais au milieu, plongée dans la lecture de mon Jonathan Coe.
J’ai levé la tête et j’ai pensé à mes enfants à moi, en quelque sorte, qui sont si près mais si loin, pas comme à l’autre bout du monde mais à l’autre bout de la France – aux quelques mots échangés sur msn avec un ado que je ne connais que trop peu (mon dieu ce qu’il grandit vite), à cette place floue qu’on a chacun dans la vie des autres – je ne sais pas trop où on est. Peut-être que juste « là » suffit. Mais encore.

De toutes les personnes que je suis je me dis toujours qu’il vaudrait mieux en garder un peu en réserve, ne jamais sortir à découvert, jamais complètement, jamais devant les gens. Parfois j’oublie, et je glisse – d’autres fois je me dis qu’ailleurs, je ferais mieux, et que je pourrais tout changer. Les images qu’ont les autres de nous nous laissent impuissants face à leur jugement, surtout quand ils remontent à loin, et on passe de longues heures à tenter de refaire, pour espérer meilleur, avec le risque de retomber à tout moment à l’ancienne appréciation – bien moins flatteuse. People can change

Autant que j’y crois j’en doute encore, et puis s’impose alors à moi une toute nouvelle vision des choses. Aussi consanguin qu’est Paris, on arrive encore à trouver de nouvelles têtes – ceux pour qui on est rien encore. Et l’espace d’une seconde, tout est possible.

It’s not the way she stares – it’s the expression in her deep blue eyes.


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