A nos pères
A défaut des parents qui ne suffisent pas ou plus, on trouve d’autres repères – d’autres pères. On boit leurs paroles, on suit aveuglément, parce que c’est tellement rassurant, cette main qui serre la nôtre, qui nous dit que ça va aller, qu’il ne faut pas avoir peur, que l’orage est passé.
Enfant, je me souviens de cette foi inébranlable que j’avais en mes parents, mes tiers, comme si chacun de ces adultes référents avaient forcément raison, qu’il n’y avait aucune raison de douter, jamais, pourquoi ?
Arrive alors cet âge fatidique, (vers quinze, seize ans), où on voudrait envoyer tout valser : mais la bonne parole prêche toujours, et c’est paradoxalement le moment où on l’écoute le plus, même si c’est pour faire tout l’inverse – on en a jamais autant eu besoin.
Le vrai moment de vérité, c’est celui où on découvre que l’on est seul – et c’est surement ce jour là qu’on bascule réellement du côté des adultes. Ce jour là, c’était un peu comme d’habitude, on discutait, il faisait peut-être beau, sur la terrasse, ou alors la pluie battante dehors venait rythmer le tout – qu’importe, une fois de plus, on s’engueulait un peu, on essayait de trouver des points où s’accrocher, désespérément. Sauf que ce jour là, contrairement à tous les autres jours, on s’est rendu compte que eux aussi, eux, les êtres suprêmes, détenteurs de tous les secrets, armes fatales face à tous les problèmes, oui eux aussi pouvait raconter un monceau assez impressionnant de conneries. Ce jour là, la douce innocence était finie et on avait enfin découvert ce dont tout le monde nous parlait sans que nous voulions le croire – personne n’a la réponse, tout le monde la cherche. Et lorsque l’on découvre cela, enfin, on sait alors ce que sont nos parents : des adultes qui cherchent encore.
L’enfant et l’adulte cohabitent depuis assez longtemps chez moi, le retour de l’ascenseur est donc considérablement plus rapide. Parce que ces pères, aussi géniaux et rassurant qu’ils soient, peinent à garder leurs masques, qu’ils le veulent ou non. Mais ce qu’il y a de fondamental, tout de même, c’est qu’aussi cons qu’ils puissent être, on ne peut pas ne plus les aimer.
Browse Timeline
Comments ( 2 )
Mademoiselle Gecano added these pithy words on juin 03 09 at 11 h 57 min======> Bienvenue dans la vrai vie
Cam added these pithy words on juin 03 09 at 12 h 00 min===> je ne t’avais pas attendu ;)