Je vis et tout m’est permis
On les surprend, toujours un peu plus, toujours en bien à les entendre. A chaque fois, c’est mieux, on a grandit, on répond à ce qu’ils attendaient de nous – oui, en somme, nous sommes les enfants qu’ils veulent voir grandir. Mais la fois d’après, de nouveau, on se heurte à ce jugement de valeur, on est étudié de près – juste pour voir comment on grandit. Mais où se trouve le point de rencontre ou plus personne ne nous regarde de haut en bas – quand est-ce qu’on n’est plus jaugé sur notre capacité à être digne de confiance ou non, et quand est-ce qu’on a cette habilité là aussi ? Parce que ça, c’est comme si ça leur allait de droit : il n’est pas question de remettre en cause leur bonne volonté, leur justesse, leur gentillesse naturelle. Si tu savais comme elle est naïve, disait-elle.
Je serre les dents encore plus fort, jusqu’au point de résistance, de non retour. Je ne sais jamais trop quand est-ce que je ne tiendrais plus, mais je prends le risque, je ne peux pas être à découvert, là, au milieu de tous ces gens. On m’a demandé la semaine dernière si ça ne m’arrivait jamais, à moi, de craquer. Et bien non. Jamais là, au milieu de tout le monde. Il est hors de question de s’imposer comme ça, d’imposer mes fantômes, d’imposer mes insécurités.
Alors je me mors la langue, et je serre les dents, toujours plus fort. J’en ai mal au crâne, c’est dingue ça à quel point tout est connecté, tout retenir à l’intérieur fait imploser ma tête.
Je reprends le métro, dans le sens inverse, et je serre les dents. A force, je ne m’en rends même plus compte, et là alors c’est comme si ça avait disparu, ravalé dans les tréfonds de mes entrailles, prêt à ressortir à tout moment.
Alors non, je ne craque pas, parce que ça aussi, j’ai appris que je pouvais le contrôler, pas comme tous ces gens au freak show sur France 3 Phobies, Obsessions, quand la peur prend le dessus. Et bah tu fais comme tout le monde : tu prends sur toi. Pas étonnant que 20% de la population occidentale soit soumis à ces « troubles » là. On s’écoute trop, on se regarde trop vivre. Y’a les phobies avec lesquelles on joue un peu, j’ai peur des araignées, mais surtout quand il y a des gens pour l’entendre. Les autres phobies, les phobies sourdes, celles qu’on garde précieusement pour soi – pour celles là, on peut aussi prendre sur soi. Parce que le jour où le public n’est pas là, il faut bien faire avec – parce que la vérité c’est que seul avec soi-même, on ne meurt pas : you deal with it.
Dans tous les dessins animés pour gamins on nous fait miroiter des existences extraordinaires, des vies de princesses, de rockstar, de super héros. Le jour où on réalise qu’une petite minorité seulement accède à cette vie là – et que non content de l’avoir ne s’en aperçoivent même pas les trois quarts du temps – la chute est plus ou moins difficile.. tout dépend de sa capacité à supporter la frustration (et là je sais que ceux qui ont des frères et soeurs ont un avantage inconsidérable sur les autres).
Certains se contentent très bien de cette vie ordinaire – d’autres ont envie de se dire qu’ils méritent plus. C’est tellement facile, arrogant – qui mérite plus que quelqu’un d’autre ?
Et en même temps, je comprends : comment supporter d’être ordinaire ?
J’ai une liste de 50 things to do before you die à faire. Il n’y a que de quoi faire une vie extraordinaire. Je suis terrifiée à l’idée de ne jamais réussir à la rendre réelle – I’d rather be anything but ordinary.
Wrong people, wrong time, wrong place. Nice equation. Will I ever get to see some beauty in this mess ?
