[...]

Aujourd’hui, sans réellement m’en rendre compte, j’ai appuyé sur le petit bouton rouge de mon bus parisien, vous savez, celui qui indique au chauffeur que vous voulez descendre à la prochaine station. Cela stipule bien que vous irez au moins jusque là ; il ne s’agit pas de sortir du bus en catastrophe. Mais il ne faut pas le faire trop tôt non plus : appuyez sur le bouton avant la station qui précède la votre, et vous serez un peu honteux quand les portes s’ouvriront et que tout le monde vous regardera, l’air de dire « mais elle devait pas descendre, celle-là ? ». Alors vous attendez patiemment de passer l’arrêt d’avant, puis vous appuyez franchement sur le bouton rouge en vous positionnant devant les portes (si c’est possible, parfois le bus est bondé, par chance, le mien est déserté depuis de nombreux mois maintenant).
Il y a toujours cette attente fébrile, bien droit dans les starting blocks, alors que l’on aperçoit son arrêt – oui, son arrêt, il y a une réelle résonance personnelle dans cet arrêt, on se l’approprie, il est à nous. Généralement, la considération s’arrête là : dès que les portes font mine de s’ouvrir, on se rue déjà, la tête pleine de milles autres choses.

Oui mais voilà, ce matin, c’était la dernière fois que je prenais le bus. Alors après avoir pressé le bouton, avoir attendu que les portes me laissent m’échapper, je me suis assise sur le banc de mon arrêt, et j’ai regardé autour de moi, pour m’imprégner une dernière fois de ce qui m’avait nourrit ici, me promettant de revenir souvent, histoire de prendre des nouvelles, et parce qu’on affectionne souvent les endroits qui nous sont familiers, qui ont une histoire singulière et avec lesquels on sait qu’on sera toujours inexplicablement liés.

Un peu moins de quatre minutes ont suffit : j’étais déjà repartie, ailleurs.

Demain, je prendrais un autre bus. Cela faisait un moment qu’il me faisait de l’oeil, mais je n’osais pas – par peur d’infidélité envers le mien, j’imagine.
Oui demain, je prendrais un autre bus, une autre ligne, qui ne s’arrête plus aux même endroits.
Mais je découvrirais demain matin que de mon nouvel arrêt, si je regarde bien, mon ancien refuge n’est pas si loin.


Subscribe to comments Comment | Trackback |
Post Tags: , ,

Browse Timeline


Comments ( 3 )

ouais, une raconteuse d’histoire, bienvenue au club.j’aime.

carlospop added these pithy words on nov 26 08 at 0 h 15 min

Matérialiste? ;o)
Merci pour cette lecture :o)

BaByCoKe added these pithy words on nov 28 08 at 7 h 38 min

Superbe..
Je partage tellement ce sentiment, que j’en ai presque la larme qui brille au coin de l’oeil.

cédric added these pithy words on déc 13 08 at 18 h 45 min

Add a Comment


XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>


© Copyright 2009 i wish i had the blue . Thanks for visiting!