Où sont passées ces quelques années ?
Mon neveu a un blog. Fort de ses 13 ans, de sa découverte de l’adolescence, ce blog est rempli de photos de ces potes avec courte description dans une orthographe assez originale.
En parcourant ces quelques pages web, je me suis demandée ce que j’avais gardé de ses quelques années. De ma 4e.
Bien sur, le mauvais.
Mais au delà de ça, je me suis demandé si j’avais moi aussi connu cette espèce d’exaltation contrôlée (ou non) qu’on peut voir partout sur ces skyblogs : ces amies « à la vie à la mort », les premiers flirts, juste commencer à pressentir l’absolu. La réponse est oui et non. Avant la 4e, le flou, le noir, il y avait les amies à la vie à la mort… et le meilleur ami. Celui là, il est quand même resté dans le coin un sacré bout de temps. Je crois que j’avais compté même. Huit années passées à être une sorte de duo dynamique, toujours au top du truc, enfin surtout pour lui. Moi je restais quand même la copine marginale, mais la copine tout de même. Celle sans laquelle on faisait pas. Et puis il y a eu la coupure ; et de là s’est opéré un lent changement vers le moi versus les autres. Tout était tellement différent.
Je n’ai qu’une hâte : que mon neveu grandisse et que je puisse partager plus que ce que je ne partage maintenant avec lui. Parce que du mauvais pour moi est née cette aptitude à pouvoir avoir une place dans le monde adulte, et très rapidement. C’est comme si j’avais eu mon initiation en accéléré. Peut-être en un peu plus violent. Mais il manquait l’essentiel : le tatonnement. Alors bien sur, les faits étaient là, inaliénables et impossible à combattre.
Je pense que cette amitié adolescente, le « à la vie à la mort », doit se déliter doucement pour passer sur un mode de relation plus stable, moins fusionnel. J’ai dû en rester là : la fusion impossible et destructrice. Et il m’a fallu tellement de temps pour m’en remettre..
Alors aujourd’hui, quand on se recroise, c’est enfin en paix. Plus de mouvements anormaux dans mon ventre et de signaux dans ma tête qui me supplient de m’enfuir. Juste un échange simple avec cet étranger qui a partagé mon enfance et mon adolescence.
En finit-on jamais avec tous ces fantômes ?
Un autre ma surpris l’autre jour, en sortant du métro sur le chemin du bureau. Même taille, même coupe de cheveux, même corpulence, même style vestimentaire, profil ressemblant. Trop de détails. Mais merde, qu’est ce qu’on peut bien foutre si loin de chez soi à 10h du matin ? Alors je l’ai suivi un peu, pour conforter l’évidence : bien sur que non, juste un clone. Alors pourquoi est-ce que je tremblais déjà ?
Le sentiment existe quelque part, il est toujours là. Il faut juste (I guess) que je le laisse ressortir au moment opportun.
Madonna m’a donné une partie de la réponse dans Mother And Father :
I made a vow that I would never need
Another person ever
Turned my heart into a cage
A victim of a kind of rage