Rien de ce qui arrive effectivement n’a la moindre espèce d’importance

C’est comme un rêve.

J’ai passé les derniers jours à apprécier l’impression de vide, comme un cadeau du ciel, aujourd’hui tu as le droit de ne pas y penser et même de faire répéter parce que tu n’as pas écouté ou décroché rapidement, capacité de concentration relative à l’état de fatigue ou de vide – tant que ça ne nuit sur rien, je me demande où est le mal.

Je pourrais redessiner les poutres de mémoire, peintes en blanc, avec leurs imperfections, leurs nervures : c’est le drame de notre génération, lorsqu’on doit se souvenir des moments important on ne peut visualiser que cet environnement où nous étions seuls, la technologie ne nous forçant pas à une confrontation avec le réel, seulement à travers le clavier ou le téléphone.
Quand je repenserais à ce moment je verrais toujours les poutres, le radiateur, le vélo à l’envers – surement la couette qui empêche la porte de la penderie de se refermer correctement et la porte à demi ouverte sur le mur, blanc lui aussi.
Je me souviendrais des ombres, plus grandes quand on s’éloigne de la lumière, mais régulières, allant de pair avec les poutres.
Je reverrais le radio réveil faire défiler les minutes d’abord puis les heures, j’aurais aussi souvenir de l’album de Nada Surf et de leur reprise d’Enjoy The Silence, ô combien ironique alors qu’il s’agissait de parler jusqu’à en avoir la gorge sèche, je me souviendrais aussi aller chercher de l’eau dans le frigo, pour continuer tant bien que mal la litanie aux allures tristes de pas pour cette fois.

J’ai peur de me souvenir de tous ces détails, de toutes ces images, comme des flashs, et d’oublier tout ce que nous avons bien pu nous dire.

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Oh-Oh Home

Let me come home

J’ai passé ma journée à manger des saloperies – c’était pourtant bien parti, crêpes industrielles et thé orange-cannelle – alors que j’aurais pu m’en tenir à mon éternelle salade de parisienne qui vient désormais au bureau en vélib – ok, c’était aujourd’hui la première fois, mais je compte bien réitérer l’expérience, au moins jusqu’à mi-août.
C’était MacDo, menu maxi, et même Sundae, quand l’heure du goûter a sonné – c’est dire à quel point c’était la débauche aujourd’hui – it must be friday.

Quand je rentre diner à Montreuil je dis toujours que je vais diner chez mes parents, j’arrive pas à dire autrement, au début c’était pour faire comme tout le monde, tu vis où? Chez tes parents? Je hochais de la tête et je répondais oui, chez mes parents, voila.
La vérité c’est que cette maison ça sera toujours celle de mes parents, y’a trop des deux partout, dans toutes les pièces, dans le bureau surtout, il faudrait changer ce bureau, j’ai toujours l’impression que c’est son bureau, j’essaie d’investir les endroits comme je peux, mais c’est pas vraiment ma maison, c’est celle de mes parents – je me sens chez moi avec des gens, je me sens chez moi quand je me sens bien, ou quand je suis seule, à Montreuil – I’ll find my way home when I’ll know where home is, where ‘you’ are, where I’ll be.

Talking is overated

Juste pour se remettre les idées en place – juste parce qu’on en dit toujours trop, et qu’il va falloir s’arrêter maintenant.

Juste pour que si tu passes par là tu puisses comprendre ce qui est différent, ce qui ne nous lie pas nous, alors que ça nous lie, l’autre nous. Qu’il y a des nous qui gênent et qui nous emmènent, et tant pis pour ceux qui n’ont pas le temps. Parole de freaks : I’m a freak of nature.

Je vais bien dormir cette nuit, c’est surement la fatigue, mais ça ira forcément mieux – c’est tellement triste, mais c’est tellement ça ; c’est tellement rare, ça me rend triste de gâcher ça. J’espère vraiment qu’un jour on en rira. For now, I’ll just let things go.

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you’ll be gone, I’ll be happier

Je sais plus où j’avais lu ça mais je me raccroche à l’idée que ça doit peut-être être vrai.

Je suis coincée dans un espace temps qui n’existe pas, dans cette nouvelle maison que je connais si bien pourtant, et je flotte, là, je sais plus trop si je suis ici ou ailleurs, surement entre les deux, ce qui est sur c’est que je suis au bord du précipice, j’ai mon parachute dans le dos, je sais qu’il est bien accroché et que je risque rien mais j’ai encore peur de sauter – j’ai peur de sortir du lit, d’aller m’habiller et de repartir dans ma vie, comme si de rien n’était.

C’est pourtant ce qu’il faut faire, c’est pourtant ce que je vais être obligée de faire, dans 1 minute et 30 secondes exactement. Parce qu’aussi grande soit l’impression que je pourrais toujours vivre dans cette bulle, ne jamais en sortir, ne jamais quitter cet appartement – aussi fort est le sentiment que ça sera insurmontable, je sais que j’ai fait pire que ça – je sais que rien n’est insupportable à ce point là.

J’aimerais être dans cinq ans, me retourner et rire de ce qui vient de se passer.

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Enjoy the silence

Je repousse la porte un peu plus fort, pour qu’elle claque – il est minuit passé, j’avais pourtant dit, encore, que je rentrerais pas tard.

Le taxi est un gros monsieur avec des sièges en cuir, il loupe la rue qui remonte vers République et en voyant mon air un peu contrarié me dit qu’il faudra lui signaler si c’est plus cher que d’habitude, parce qu’il fait un petit détour. Certes.

Les gens me parlent différemment depuis que je porte des talons et un sac de dame – les taxis ne me discutent plus le bout de gras tel un automatisme « tiens la petite jeune qu’est ce qu’elle a à nous dire », les petits vendeurs de chez Dailymonop me sourient un peu plus fort et on m’appelle madame à la boulangerie – tout un monde.

Je me demande où va tout ce mal-être une fois expié, exorcisé, couché sur du papier – si tout coule dans le même sens, si la gravité fait bien son boulot – est-ce que quelqu’un a déjà glissé sur des larmes?
Je trouve l’image assez jolie – mais je ne pleure pas assez pour ça, d’autres le font pour moi, ont les yeux qui brillent alors qu’ils me parlent, ceux qui ont mon âge, ceux qui sont normaux, ceux qui n’ont pas besoin des autres comme on a besoin des autres dans cet élan désespéré qui nous fait dire tout le contraire de ce qu’on avait pu raconter quand on avait la tête froide et les idées bien placées.

Je reviens systématiquement sur ce post et je me demande si j’ai quelque chose contre les gens normaux, moi.
En fait je crois juste que je ne comprends pas la logique de vouloir se contenter de moins, alors qu’on a trouvé une façon d’être bien – et que soit dit en passant, c’est plutôt rare. Je me dis qu’on a tellement de chance de se rendre compte de ça, et de l’accepter tel qu’il est, sans vouloir s’en priver. En s’en privant, on recrée un manque insupportable créé de toutes pièces par l’absence forcée et volontaire.

Mais je divague surement, peut-être que c’est juste moi, c’est toujours comme ça, les gens me manqueront toujours plus que je ne leur manquerais, j’attends trop, je ne parle pas assez, mais comment dire, quand on ne sait plus très bien où on en est?

Pleine lune, insomnies et été à Paris – voila ce qui est à blâmer, rien de ce qui a été dit n’était vrai, je n’en pense pas un mot (tout, son contraire + les deux réunis s’il le faut).

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Sourde

Again and again and again and again..

Appellera? Appellera pas? Décommandera? Ne décommandera pas? Laisser décommander ou décommander soi-même? Se laisser une option, sous le coude, au cas où?

C’est trop pour moi – pfiou, disparue, je suis partie.

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Recette Express

Depuis que j’ai (un peu) de temps, j’essaie de me mettre devant Logic, mon micro et mes guitares au moins deux fois par semaine – y’en a qui font du sport, moi j’essaie de faire de la musique, qu’est ce que vous voulez ma pauv’ dame..

Ma recette express pour une chanson réussie :
- un peu de ruminage de quelques jours sur un sujet bien choisi
- une guitare et quelques accords, ou un riff, ou une mélodie et le reste vient tout seul
- une idée de départ et/ou un concert la veille
- du temps devant soi

Cela nous donne…
Une chanson en anglais, encore, mais bon y’en a en français aussi, alors c’est pas trop grave.
Une chanson directement inspirée par le concert vu la veille (oops).
Qui dit chanson en anglais dit explicit lyrics, alors encore une chanson qu’il faudra assumer un minimum – ça deviendrait presque compliqué, pourtant c’est juste une chanson.

C’est vrai ça, au fond, c’est juste une chanson.

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pic by CP

Oh Happy (Birth)Day

22.07.43

Aujourd’hui, c’est son anniversaire. J’y pense jamais d’habitude, mais hier soir j’ai regardé la date, et ça m’a figé, aussi parce que c’était son code pin, le code pour son mail (chez « chez.com »), pour sa session apple et le cadenas du garage où on rangeait les motos.

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Ca fait partie de ce que j’ai – vs ce que les autres n’ont pas – des souvenirs, des instants, des mots que personne d’autre n’aura, qui ne sont qu’à moi.
Je prends, sans en faire trop, juste parce que ce sont des instants que je ne regretterais pas – et que même quand je rentre, même quand il est trop tard et que je me demande pour la énième fois ce que je foutais bien là, il y a au moins ça : ces moments à moi, volés ou pas, qu’on ne m’arrachera pour rien au monde.

Points de suspension – photomaton

J’ai remarqué récemment que j’utilisais à outrance les points de suspension – ou deux, ou trois, partout, dans les mails persos, dans les mails pros, dans les statuts facebook, dans les textos.

Les points de suspension c’est quand on hésite, qu’on ne sait pas trop.. ou qu’on essaie de dire en douceur, ou qu’on ne veut pas crier trop fort. Je traduis mon envie de persuasion par quelques points de suspension – partout, tout le temps.

Le dictionnaire me dit que c’est plutôt une manière de sous entendre le reste, exemple – enfin tu vois quoi… – ou encore – rien d’important…

Moi je ponctue mes phrases de points de suspension, c’est comme putain, ça rythme le tout.

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Loin de Paris

Plus les kilomètres nous séparent et plus la sensation se fait forte – est-ce que Paris sera tel que je l’ai laissé à mon retour?

Tout est déjà hors de portée – je sais plus très bien s’il faisait beau, si j’avais vraiment trop chaud, dans le métro, comment ça faisait déjà, le soleil, sur ma peau?
C’est comme si on m’avait forcé à me mettre à distance – qu’est ce qui avait tant d’importance?
Tout parait tellement illusoire – et autant dire que je ne peux parler de rien ici, on me regarderait avec trop d’incompréhension, vraiment, vous vous prenez la tête là dessus?
Comment leur dire que oui, à Paris, on se demande comment on va se démerder pour changer de chaussures entre Vincennes et Châtelet, et comment on fait si à 2h du mat un samedi y’a toujours pas de taxi?

C’est comme si, à mon retour, il fallait tout reconstruire – plus rien n’est acquis, tout s’est perdu, plus de points fidélité sur votre compte maintenant il va falloir payer quelques mois en plus pour pouvoir regagner vos points confiance.

J’ai l’impression d’être partie depuis des mois – si je pars ici plus de deux jours ça me fait toujours ça – je sais même plus quel jour on est, c’est pas un cheveux blanc ça?
Et si je n’y retournais jamais? Et si je ne retrouvais jamais l’autre vie que j’ai là-bas?

Celle où j’ai un travail, des amis, un peu moins de famille proche for sure, mais toute mon autre famille recomposé que j’ai choisi, des papas/grands frères, des grands pères et une fratrie. Celle où je fais des karaokés en japonais en éteignant mon portable, où je vais voir dix mille fois les même groupes, où j’ai assez régulièrement des paillettes dans yeux – quand on m’emmène sur le set de GG ou quand je suis à dix mètres de Charlotte Gainsbourg.

Qu’est ce que j’en ferais de Paris, quand tout sera parti? Est-ce que toutes les fondations posées vont survivre à l’été où partir avec l’orage? Est-ce qu’on reviendra complètement les même? Est-ce que ces deux mois durant lesquels rien n’est plus vraiment pareil auront le pouvoir qu’on leur donne, celui de tout changer, en dépit du résultat des autres années (it always ended the same)?

Comme toujours plus j’écris plus je mens – je suis pas si loin, et Paris franchement, pas de quoi en fait tout un foin.


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